Avec le rachat de SFR, Bouygues Telecom deviendrait le numéro 2 français des télécoms. Et son ambition ne s’arrête pas là. Dans Les Echos, Olivier Roussat, patron du groupe Bouygues, vise ouvertement la première place sur le grand public. Voici ce qu’il faut retenir de cette interview.
Après le closing
Bouygues Telecom numéro 2
Part de l’opération
42 % des 20,35 Md€
Marché pro
100 % de SFR Business repris
Ambition affichée
« Aller chercher le numéro un »
Le protocole d’accord du 6 juin réserve à Bouygues Telecom le périmètre le plus large. L’opérateur finance 42 % de l’opération à 20,35 milliards d’euros. En retour, il reprend l’intégralité de SFR Business, 5,9 millions de clients grand public et le MVNO Prixtel. Si l’opération aboutit, Bouygues Telecom deviendra ainsi le numéro 2 français, derrière Orange.
Dans son entretien aux Echos, Olivier Roussat assume cette position de poursuivant. Le secteur a selon lui « besoin d’un challenger qui conteste la puissance d’Orange ». Le dirigeant, qui a piloté l’opérateur avant de prendre la tête du groupe Bouygues, en fait un objectif personnel : poursuivre le développement « pour aller chercher le numéro un ».
Sur le marché grand public, le patron du groupe Bouygues affiche une confiance nette : « dans le grand public, tout est possible ». Son raisonnement tient en deux idées. D’une part, « les réseaux sont de plus en plus comparables et la croissance passe par la conquête de nouveaux clients ». D’autre part, la rentabilité d’un réseau s’accroît avec le nombre de clients qu’il sert.
Cette stratégie de conquête s’appuie sur des produits déjà renouvelés. Bouygues Telecom a en effet revu une grande partie de sa gamme fixe ces derniers mois, avec de nouvelles box. La Bbox 5G WiFi 7 et le wifi de secours 5G, dévoilés début 2026, illustrent cette montée en gamme.
Le ton change sur le marché des professionnels. Olivier Roussat le reconnaît sans détour : « ce sera difficile face à Orange ». Bouygues Telecom reprend pourtant 100 % de l’activité SFR Business. Mais même renforcé, l’opérateur restera loin derrière le leader historique sur ce segment. Il se voit donc en « challenger qui conteste sa puissance », plutôt qu’en prétendant immédiat à la première place.
Pour mémoire : la répartition complète des actifs SFR entre Bouygues Telecom, Free et Orange est détaillée, avec infographie, dans notre article Rachat SFR expliqué simplement.
Ces ambitions restent suspendues au feu vert des autorités. Le président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, a prévenu cette semaine que l’opération « ne va pas de soi » sur un marché déjà très concentré. L’Arcep a quant à elle annoncé une vigilance renforcée sur la couverture, la qualité de service et les cessions de fréquences.
L’argument de la conquête avancé par Olivier Roussat croisera donc l’analyse des régulateurs. La question centrale reste la même : un marché à trois opérateurs gardera-t-il l’intensité concurrentielle qui a fait baisser les prix français ? Réponse au terme d’une procédure qui pourrait durer jusqu’à 18 mois, pour un closing visé au second semestre 2027.
Au plus tôt après le closing de l’opération, visé au second semestre 2027. Encore faut-il que les autorités de concurrence autorisent le rachat, puis que la migration des clients SFR s’effectue. D’ici là, le classement actuel du marché reste inchangé.
Rien à court terme : offres, réseaux et services restent identiques pendant l’examen du dossier. À plus long terme, l’opérateur promet un réseau renforcé par les actifs SFR. Les régulateurs veilleront de leur côté au maintien de la qualité de service et des prix compétitifs.
Source : entretien d’Olivier Roussat, directeur général du groupe Bouygues, aux Echos (juin 2026). Citations reproduites d’après Les Echos. Chiffres de l’opération : protocole d’accord du 6 juin 2026.