Le rachat de SFR devant l’Autorité de la concurrence s’annonce comme un examen de haute volée. Son président Benoît Cœuré prévient dans Le Monde : l’opération « ne va pas de soi ». Voici ce que cette prise de parole change pour le calendrier et pour les clients.
Rachat SFR : ce que le président de l’Autorité de la concurrence a dit
Quatre jours après la signature du protocole d’accord entre Bouygues Telecom, Free et Orange, le gendarme de la concurrence sort de sa réserve. Dans un entretien au Monde publié le 10 juin, Benoît Cœuré pose le cadre : l’opération « ne va pas de soi parce qu’il s’agit d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré ». Le passage de quatre à trois opérateurs nationaux constitue en effet une transformation majeure du marché français des télécoms.
Le message n’est toutefois pas une fin de non-recevoir. Benoît Cœuré précise que si un tel rapprochement avait été jugé « nécessairement anticoncurrentiel », l’Autorité l’aurait signalé en amont, afin d’éviter aux acteurs « de perdre du temps et de l’argent ». Autrement dit, la porte reste ouverte, mais l’examen sera exigeant.
Prix et coordination : les deux points de vigilance
L’impact sur la facture des Français
Le premier sujet de préoccupation concerne les prix. La formule de Benoît Cœuré est limpide : « Il est impossible d’expliquer aux Français que l’on va encourager des opérations qui vont rendre plus difficile pour eux de boucler leurs fins de mois ». La France bénéficie aujourd’hui de tarifs télécoms parmi les plus bas d’Europe, largement attribués à la concurrence à quatre opérateurs depuis 2012. L’Autorité évaluera donc précisément le risque de hausse après l’opération.
Le spectre de la « coordination renforcée »
Le second point porte sur le risque d’une « coordination renforcée » entre les trois opérateurs restants, c’est-à-dire une concurrence affaiblie sans entente formelle. Le président de l’Autorité rappelle d’ailleurs un précédent qui a marqué le secteur : en 2005, Orange, SFR et Bouygues Telecom avaient été condamnés à 534 millions d’euros d’amende pour avoir échangé des informations stratégiques et coordonné leurs comportements. Ce souvenir pèsera dans l’analyse du dossier.
Face à ces réserves, le consortium met en avant les investissements que permettrait l’opération, notamment dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les centres de données. Réponse de Benoît Cœuré : « Ce n’est pas à nous d’essayer de deviner ce qu’ils ont en tête ». En clair, ces promesses devront être démontrées, chiffres à l’appui.
Le calendrier : jusqu’à 18 mois de procédure
Au moment de l’entretien, l’Autorité n’avait pas encore reçu de pré-notification de la part des acquéreurs. La procédure d’examen pourrait durer jusqu’à 18 mois avant une décision définitive. Ce délai est cohérent avec le calendrier annoncé lors de la signature du protocole, qui vise un closing au second semestre 2027.
Une question institutionnelle reste par ailleurs ouverte : le dossier pourrait être examiné par l’Autorité française ou être confié à la Commission européenne, selon les règles de compétence applicables. Quelle que soit l’issue, les deux institutions devraient travailler ensemble sur ce dossier hors norme. L’Arcep, de son côté, a déjà annoncé une vigilance renforcée sur l’opération.
Rachat SFR et Autorité de la concurrence : ce que ça change pour les clients
Pour les abonnés SFR comme pour les clients Bouygues Telecom, rien ne change à court terme. Les offres, les réseaux et les services restent identiques pendant toute la durée de l’examen. La répartition prévue des actifs (Bouygues Telecom reprenant notamment SFR Business et 5,9 millions de clients grand public) ne deviendrait effective qu’après le feu vert des autorités, au plus tôt fin 2027. D’ici là, chaque étape de la procédure pourra faire évoluer les contours de l’opération : remèdes, cessions ou engagements supplémentaires font partie des outils classiques du contrôle des concentrations.