Bouygues Telecom souhaite un nouvel accord sur la 4G en France. Dans une interview accordée aux Echos le Directeur Général de l’opérateur, Richard Viel, a exprimé son envie de mettre en place un « New Deal Mobile 2 » entre les opérateurs et le Gouvernement pour accélérer davantage la couverture 4G dans les zones rurales.

Fin mai, Martin Bouygues a exprimé son souhait de reporter les enchères 5G en France estimant que ce n’était pas une priorité pour le pays. Dans un entretien paru dans les Echos, le Directeur Général de Bouygues Telecom est lui aussi revenu sur ce sujet des enchères 5G et sur le déploiement de la 4G en France.

Pour commencer, Richard Viel explique que Bouygues Telecom ne dénigre évidemment pas la 5G et est toujours convaincu de sa nécessité mais tient à rappeler qu’elle ne « révolutionnera pas le pays en 2020 ». En effet, les « révolutions » attendues comme la très faible latence ou la possibilité de découper le réseau selon les usages ne seront proposées que d’ici 2023. Avant cette date, la 5G dite « non stand-alone » (basée sur le coeur de réseau 4G) permettra surtout d’apporter plus de capacité notamment dans les zones où le réseau 4G est très utilisé (hyper-centre, stades…). Selon le Directeur Général, si la 5G est aujourd’hui déployée dans certains pays comme les Etats-Unis ou la Chine,  c’est « d’abord et avant tout pour répondre à une volonté gouvernementale. En réalité, ils n’amènent pas grand-chose au consommateur… Pour beaucoup, il s’agit de 5G encore largement expérimentale. En France, les opérateurs ont aussi déployé la 5G à titre expérimental à Paris, Lille, Douai, Bordeaux, Nantes et Toulouse. La France n’est pas en retard comme j’ai pu l’entendre dire ». Concernant l’usage de la 5G dans l’industrie, Richard Viel estime également que les grandes entreprise ne « raffolent pas de la 5G » et ont d’autres priotités.

Ainsi, comme le PDG du Groupe, il estime que « la priorité numéro un pour les Français, c’est d’améliorer la couverture mobile en 4G des territoires ruraux en France, le plus vite possible et avec la meilleure qualité ». C’est donc pour cela que l’opérateur souhaite proposer une extension du « New Deal Mobile ». Cet accord signé en janvier 2018 entre le Gouvernement et les opérateurs avait vocation à accélérer le déploiement de la 4G en France et notamment dans les zones rurales grâce à l’installation de 5 000 nouveaux pylônes par opérateur. Or, selon Richard Viel il faudrait « 20% ou 30% de pylônes mobiles » supplémentaires pour chaque opérateur pour que la couverture soit suffisante.

Même si le « New Deal Mobile » prévoyait déjà une bonne couverture, ce « n’était pas une science exacte » explique le Directeur Général. « La crise nous a fait prendre conscience que beaucoup trop de nos concitoyens ne sont pas couverts en 4G. De nombreuses collectivités nous réclament plusieurs pylônes qui ne sont pas prévus dans le New Deal 1 et que nous ne pouvons en conséquence pas installer. Je suis sûr que les élus vont être très intéressés par notre proposition ».

Richard Viel souhaite donc qu’une discussion soit lancée entre les opérateurs et le Gouvernement. « Les investissements dans les nouveaux sites devront être mutualisés à quatre. Un site coûte environ 200.000 euros. Or, les opérateurs ont des capacités d’investissement bornées. Nous n’avons pas de planche à billets. Chaque année nous investissons déjà collectivement environ 10 milliards d’euros. Nous pouvons prendre trois, quatre ou cinq mois pour créer un programme d’investissements exceptionnels sur les zones blanches de ce pays ». Le Directeur Général imagine donc un « New Deal Mobile 2 » permettant aux opérateurs de moins dépenser sur la 5G en échange de ces investissements supplémentaires sur la 4G.

Interrogé sur la capacité de Bouygues Telecom à financer ces nouveaux sites mobile mais aussi prochainement la 5G alors que les branches Bouygues Construction et TF1 ont été durement touchés par la crise sanitaire, Richard Viel répond « Bouygues a plus de 10 milliards de trésorerie à disposition pour investir. C’est un groupe puissant qui a les moyens de ses ambitions. Concernant Bouygues Telecom, c’est le moins endetté des quatre opérateurs télécoms. Nous sommes prêts à participer aux enchères 5G demain, s’il le faut ». Il ajoute également que la demande de report des enchères 5G n’est pas lié à un problème économique : « Bouygues Telecom peut assumer cet investissement. Le tarif des enchères n’a rien à voir avec notre demande de report. D’ailleurs le paiement de 350 millions d’euros pour le bloc de 50 mégahertz, que se sont vu attribuer les quatre opérateurs télécoms dans le cadre de la première partie du processus des enchères 5G, est échelonné sur quinze ans. Pour un groupe qui réalise 1,4 milliard d’Ebitda, cela ne pose pas de problème. Et pour la suite du processus, les enchères pures et simples, il est probable que le paiement soit également étalé ».

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