La souveraineté numérique Bouygues devient l'un des arguments centraux de Benoît Torloting. Ainsi, le directeur général de Bouygues Telecom l'a défendue le 3 septembre 2026 sur Radio Classique, pour justifier le rachat de SFR.
D'abord interrogé sur la position de Bruxelles face au rachat de SFR, Benoît Torloting reprend un constat chiffré posé par le journaliste Stéphane Pedrazzi. En effet il existe une trentaine de groupes télécoms en Europe, contre seulement trois aux États-Unis. Cette fragmentation limite mécaniquement la capacité d'investissement des opérateurs européens.
Selon le dirigeant, cette dispersion empêche les acteurs européens de financer les réseaux nécessaires à l'intelligence artificielle. Il évoque ainsi une réalité "géopolitique", plutôt que purement commerciale. D'ailleurs il anticipe que la Commission européenne intègre cet argument dans sa décision finale sur le dossier SFR.
Benoît Torloting rappelle un constat préoccupant : la France occupe la deuxième place mondiale des fuites de données, juste derrière les États-Unis. Une étude Surfshark le confirme sur le premier trimestre 2026, avec 23,5 millions de comptes français compromis, contre 60,3 millions côté américain. Ce constat illustre l'ampleur réelle de la menace pour un opérateur télécom.
Également le dirigeant assure que la cybersécurité reste un enjeu fondamental. Ce sujet occupe en effet Bouygues Telecom depuis la construction même de ses réseaux. Par conséquent, l'opérateur y consacre des équipes et des investissements constants pour limiter les risques d'attaque.
Question directe du journaliste, réponse tout aussi directe. Bouygues Telecom confirme retirer certains équipements chinois de son réseau, notamment dans les grandes villes. Cette démarche s'inscrit d'ailleurs dans une logique parallèle à celle du gouvernement français.
En revanche l'opérateur précise qu'aucun équipement chinois n'équipe le cœur de son réseau. Autrement dit, les composants les plus sensibles échappent déjà à cette problématique.
Bouygues Telecom a déjà développé une expertise cyber pour ses clients entreprises. En effet les PME et les ETI manquent souvent d'équipes dédiées à ce sujet. Mais Benoît Torloting annonce aussi une nouveauté : des solutions simples destinées aux clients grand public, attendues "dans les semaines à venir".
Aucun détail technique n'a filtré sur la forme de ces outils. Néanmoins, cette annonce confirme une priorité affichée pour l'opérateur. Elle fait d'ailleurs écho à la nouvelle Direction Business Entreprises, confirmée début septembre.
Sur le fond du dossier SFR, l'interview confirme le calendrier déjà en vigueur. L'Autorité de la concurrence a en effet indiqué en juillet que son instruction durerait environ 18 mois. Cela reporte donc une décision vers fin 2027. Une fois l'opération validée, la bascule des clients SFR s'étalerait ensuite sur 24 à 30 mois supplémentaires.
Benoît Torloting réaffirme par ailleurs les garanties promises aux clients : numéro conservé, carte SIM inchangée, prix de l'offre maintenu. Il cite un précédent concret pour rassurer. Les clients d'EI Telecom (EIT), à savoir Crédit Mutuel Mobile et CIC Mobile, ont déjà rejoint le réseau Bouygues Telecom sans changer de carte SIM. La migration des clients La Poste Mobile suit actuellement la même méthode.
En effet, le marché des entreprises reste stratégique pour Bouygues Telecom. L'opérateur y affiche d'ailleurs déjà une croissance soutenue depuis plusieurs années. Avec le rachat de SFR, il vise désormais un doublement de sa taille sur ce segment B2B. L'ambition est surtout claire : devenir un challenger robuste face à Orange sur la connectivité, le cloud et la cybersécurité.
Cette ambition éclaire d'ailleurs la création, début septembre, d'une nouvelle Direction Business Entreprises. Celle-ci a été confiée à Catherine Voisin, comme détaillé dans notre article sur le Comité de Direction Générale.
Interrogé sur la restriction des écrans chez les adolescents, Benoît Torloting cite une statistique parlante. Ainsi, 59 % des parents considèrent la limitation du temps d'écran comme une source de conflit dans leur famille. Ce chiffre confirme, sous un angle différent, l'ampleur du problème déjà documentée par d'autres études (Unicef France, Ipsos).
Face à ce constat, Bouygues Telecom rappelle avoir lancé le Mode Enfant en juin. Ce contrôle parental s'intègre directement à l'application, de façon universelle sur tous les mobiles et tous les écrans. Notre article dédié détaille d'ailleurs son fonctionnement complet : Mode Enfant Bouygues Telecom.
L'interview se conclut enfin sur un rappel des 30 ans de Bouygues Telecom, fêtés cette année. Par ailleurs Benoît Torloting y ajoute un résultat commercial notable : l'opérateur resterait leader en croissance nette d'abonnés depuis le début de l'année. Ainsi, la souveraineté numérique Bouygues défendue tout au long de l'interview trouve un écho concret dans ces résultats.